Parution en revue

 

 img005   Un mien poème, "Haute Chambre de ville", figure dans le numéro 32 de la revue Les Hommes sans Épaules, second semestre 2011.

 

Dernier ouvrage

couv Frédéric Tison. Les Ailes basses. Paris : Editions Librairie-Galerie Racine, décembre 2010. 

 

 

 

Il est possible de commander le livre directement auprès de l'éditeur en faisant parvenir au 23 rue Racine, 75006 Paris  un règlement de 15 euros, pour un exemplaire, à l'ordre de la Librairie-Galerie Racine. (Les frais d'envoi sont offerts.)

 

Édition de textes rares (et oubliés)

 couvertureJMDS   

 

 

 

 

  Charles d'Orléans et les poètes de sa cour : "Je meurs de soif auprès de la fontaine", Les Onze Ballades du Puy de Blois (vers 1457-1460). Auto-édition Lulu, octobre 2011.

 

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é p i g r a p h e s

 

 

Divinum dare, humanum accipere

(Donner est chose divine, recevoir, chose humaine)

 

 

Devise de Frédéric II, duc de Mantoue (1500-1540)

 

 

 

 

 

Je terrasse qui m'agace

 

 

Devise de la famille franc-comtoise de Crosey (connue dès le XIe siècle) 

 

 

 

 

 

ENTÊTE Elohîm créait les ciels et la terre...

 

 

Premiers mots de la Genèse, traduits par André Chouraqui 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

____________

 

Sauf mention contraire, toutes les images de ce blogue sont des photographies de l'auteur. 

 

 

Voyages en Suisse

Mardi 21 juillet 2009 2 21 /07 /Juil /2009 22:15

 

Il n’y a pas de fleurs à Sils, dans la ville si nette, ou alors les fleurs y sont si discrètes qu’on peut les briser à l’ombre d’un tombeau, dans le cimetière autour de la petite église Saint-LaurentDie Kirche St. Lorenz in Sils-Baselgia – si belle à toute heure du jour, et celle du soir particulièrement, quand le dernier soleil dore ses murs de douceurs. Il y a uniquement des nuages à Sils, et de l’eau – un grand silence surtout, et le vent. Il faut aussi monter par les sentes fragiles qui serpentent autour du val, toujours menacées, comme tous les chemins, par l’herbe et la roche. En un seul hiver tout est effacé.







Mais le Lac de Sils, immense, rêve en-dessous des nuages :








Je suis aussi venu à Sils, dans la Vallée Bregaglia, en Suisse romanche, près de la snob Saint-Moritz et de la délicate Soglio, avec le souvenir de Pierre Jean Jouve. Le poète y avait une maison, disent les documents, au haut de Sils, dans le Fextal. Une photographie le montre dans l’immense plaine qui donne sur le Lac ; sa silhouette élégante, si discrète et retenue se détache sur l’immense ciel qui répond à la plaine. Toutes ses traces, là-bas, sont effacées. Quelques pages de ses livres se souviennent.


 

Entre deux grands pays c’est un maigre sentier

Unique et solitaire aveugle : entre les neiges

D’une haute abstraction des eaux et du ciel

Et le gouffre argenté du souvenir d’Hélène.

 


a chanté Pierre Jean Jouve ; et puis :


 

Le minuscule amour est un sentier d’herbage

Où la terre minuscule entre les durs cailloux

Et quelque monument de roc et de ravage,

Se courbe se reprend et s’effondre à genoux,

 

La végétation l’étouffant d’un automne :

Campanules et thym saxifrages de sang

Les ruines blanches et les potentilles jaunes

 

Tumulte infini et tout embrassé par le vent !

Et l’immense solaire avec la petite ombre

O bleu de sphère sur la tristesse du temps.


 

Ah je suis heureux d’avoir écrit ce poème !...  (1)


 

J’ai marché dans Sils à la recherche d’une trace. J’ai cherché en vain parmi les rues de Sils Maria, de Sils Baselgia, et alentour, la maison qu’il aurait pu habiter. Oh, serais-je quelque peu "fétichiste", si la trace m’émeut toujours, si je passe songeur devant des signes oubliés ? En montant par un chemin sombre dans les hauteurs du village, j’ai entr’aperçu à travers les branchages et d’énormes troncs une belle maison privée, protégée par un écriteau menaçant, et j’ai rêvé que c’était la sienne. Sur la photographie en noir et blanc que j’avais vue d’une maison où logea Pierre Jean Jouve, on ne distinguait qu’un fragment de façade, une fenêtre, un mur, envahis d’épais feuillages. Mais ce devait être la maison des Salis que le poète habita, dans la proche vallée affluente de Fex…

 

 



Et l’alcool blanc pur et doux des nuages se déversait dans l’air ; les nuages rêvent à Sils et n’ont plus qu’à enfumer blanchement les hauteurs ; les montagnes alentour, ceinturant la plaine plate comme un long vent calme et constant, prennent de la hauteur et s’éloignent avec la lenteur imperceptible des neiges.


C’est drôle : j’envoyai une carte à un ami, en lui citant à la fin ce que je croyais être un vers de Jouve tiré de Sueur de Sang qu’il devait connaître, et dont j’ignorais me ressouvenir mal :


Les montagnes fument comme des seins…

Or


Douceur ! les prairies fument comme des seins


est le véritable vers (2)…


C’est qu’à Sils, oui, les montagnes aussi fument, enfin tout est nuage, l’air est léger, comme si la légèreté de l’air était de Sils, et, quand on s’y promène, de Sils seulement.




 





J’ai pris des photographies selon toutes les heures du jour et du soir ; je savais bien les angles nécessaires, les feuillages à choisir à droite, à gauche, j’avais vu les reportages journalistiques parfois si réussis qui nous montrent les lieux du monde ainsi que des sites enchanteurs et rythmés par l’image : je n’y échappais pas, en amateur, mais en amateur cependant j’essayai de prendre en photographie ce que mon œil guidé par mes pas voyait vraiment, et puis soudain l’angle, la vue s’imposaient, qui devaient demeurer. Il m’a fallu saisir les nuages au-dessus de Sils, les nuages mêmes de Sils. Bien sûr j’avais lu les poèmes de Nietzsche, notamment celui dédié à Sils !, justement :


Ici j’étais assis, à attendre,

Attendre – mais à n’attendre rien,

Par-delà bien et mal, à savourer tantôt

La lumière, tantôt l’ombre,

N’étant moi-même tout entier que jeu,

Que las, que midi, que temps sans but.

 


Lorsque soudain, amie ! un se fit deux

 – Et Zarathoustra passa auprès de moi… (3)


 

et les poèmes (dont j’aime celui-ci avant les autres) de Jouve dans Génie, qui dans ma pensée envahissaient l’air, mais – non…, pas « mais » – et disparaissaient devant l’évidence de mon admiration, de mon amour, de mon regret très doux, sans amertume. Nietzsche et Jouve avaient bien vu que la pensée (ni le langage, évidemment le langage la précède…) ne sature pas Sils ainsi que le moindre site magnifique devenu touristique : je suis certain que les nuages viennent au-dessus de Sils en le sachant.





 

Le village lui-même – et ses deux "lieux-dits" : Sils-Baselgia, Sils-Maria séparés par une petite lande et par une « avenue » – le savent bien : il n’y a que des maisons jolies, proprettes, un peu ternes. Il y a deux belles églises, simples comme un souvenir roman. Il y a la Nietzsche Haus, mais elle ne contient que de vieux papiers ! les mêmes que Nietzsche aurait laissés au vent – au feu, des papiers jaunis, ses Œuvres complètes originales : tout le contraire de la pensée ailée, qui a tout laissé derrière elle sans se retourner (4) ! Il y a des hôtels assez coûteux, insignifiants, impeccables et assourdis ; les cafés sont quasi déserts : les terrasses ferment à six heures et demie du soir.  Les rues sont propres et pavées d’interdictions : ne pas marcher sur le gazon voisin, ne pas franchir cette rambarde, ne pas aller à gauche, puis n’aller surtout pas à droite, attention, ceci est une propriété privée, ceci n’est pas une zone pour les fumeurs, ici l’on ne rêve pas, ne marchez pas là, n’aimez rien ici-bas, rentrez chez vous, priez Notre-Seigneur si sage, que faites-vous donc encore ici, à cette heure tardive ? La Suisse romanche est belle et carrée, on dirait qu’elle a si peur de sa beauté qu’elle la ceinture à dessein dans des portées dont la clé de sol est une clé de serrure. A huit heures du soir nous avions fini de dîner, le serveur taciturne du restaurant avait retiré toutes les bouteilles, éteint toutes les bougies.


 




Sils sur les bords de l'Inn.





Le Lac de Sils, le soir.

Le promeneur ne peut plus faire le tour du Lac de Sils à pied ; une grande partie de ses rives est dédiée à la route, pour la voiture violente que je ne puis adoucir. Mais l’œil encore en fait volontiers le tour.


 

L’image est, souvent, une cendre de l’œil ; simplement il faut tout lire en rêve, et Celle qui fut, Celle auprès de laquelle on vécut un instant, se décline soudain, très longtemps, résonnance souple, mouvante, scintillante, ainsi qu'un matin au bord du Lac de Sils :





__________________

(1) Pierre Jean Jouve, « Sente », Mélodrame, in Œuvre I. Paris : Mercure de France, 1987, p. 998.

(2) Pierre Jean Jouve, « Sur-moi créant », Sueur de Sang, in Œuvres I. Paris : Mercure de France, 1987, p. 262. 

(3) Friedrich Nietzsche, « Sils-Maria », « Chansons du Prince Hors-La-Loi » [Appendice], Le Gai Savoir. Traduction par Pierre Klossowski. Paris : Gallimard/Folio, 1982 [2004], p. 305.

(4) La beauté des œuvres écrites est aussi transmise dans les livres de poche, que l’on sait emporter avec soi, et tordre, et froisser, et souiller d’eau, de sueur, d’herbe et de terre, comme naguère les missionnaires leurs codex… !

Par Frédéric Tison - Publié dans : Voyages en Suisse
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Mardi 21 juillet 2009 2 21 /07 /Juil /2009 21:14


Par Frédéric Tison - Publié dans : Voyages en Suisse
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Mardi 21 juillet 2009 2 21 /07 /Juil /2009 21:00








La maison où Nietzsche séjourna, en été (1881-1888).


Par Frédéric Tison - Publié dans : Voyages en Suisse
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Mardi 21 juillet 2009 2 21 /07 /Juil /2009 20:57


Par Frédéric Tison - Publié dans : Voyages en Suisse
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Mardi 21 juillet 2009 2 21 /07 /Juil /2009 20:00

Sils Maria






Sils Besaglia, l'église Saint-Laurent














Par Frédéric Tison - Publié dans : Voyages en Suisse
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Mardi 21 juillet 2009 2 21 /07 /Juil /2009 10:54





Pierre Jean Jouve sur la plaine de Sils, devant le Lac de Sils (Photographie de Franco Vercelotti), circa 1950 (?).
Par Frédéric Tison - Publié dans : Voyages en Suisse
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Mardi 21 juillet 2009 2 21 /07 /Juil /2009 06:35

 






 

Par Frédéric Tison - Publié dans : Voyages en Suisse
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