Fragments d'un Carnet de mots et d'images
(Lire ici le prétexte de ces Phrases.)
[Pantagruel, hésitant à se marier, s’embarque pour un long voyage qui doit le mener vers un oracle. Il emporte avec lui le Pantagruélion, herbe miraculeuse (que certains commentateurs assimilent au chanvre) qui donne à l’homme, notamment, l’occasion d’effectuer de grands voyages et de faire de considérables découvertes sur la Terre. Les dieux de l’Olympe s’en inquiètent et prédisent des prodiges, parmi lesquels une conquête de l’espace par l’homme, qu’une nouvelle « herbe » leur permettra de mener. Ils parlent en ces termes :]
« Les Dieux Olympiques ont en pareil effroi dit : "Pantagruel nous a mis en pensement [action de penser, pensée] nouveau et tédieux [préoccupant, ennuyeux ; forgé sur le latin taedium], plus que oncques [jamais] ne firent les Aloïdes [une des familles de Géants, fils des Titans], par l’usage et vertus de son herbe. Il sera de brief [bientôt] marié, de sa femme aura enfants. A cette destinée ne pouvons nous contrevenir [nous opposer], car elle est passée par les mains et fuseaux de nos sœurs fatales, filles de Nécessité. Par ses enfants (peut-être) sera inventée herbe de semblable énergie, moyennant laquelle pourront humains visiter les sources des grêles, les bondes des pluies et l’officine des foudres, pourront envahir les régions [pays, zones] de la Lune, entrer le territoire des signes célestes et là prendre logis, les uns à l’Aigle d’or, les autres au Mouton, les autres à la Couronne, les autres à la Herpe, les autres au Lion d’argent, s’asseoir à table avec nous, et nos déesses prendre à femmes, qui sont les seuls moyens d’être déifiés." »
François Rabelais, Le Tiers Livre des Faits et Dits héroïques du bon Pantagruel (1552), Chapitre LI., « Pourquoi est dite Pantagruelion, & des admirables vertus d’icelle » (orthographe modernisée).
Ce court passage à propos de l’envahissement de la Lune, à nos yeux, en 2009, quarante ans après le premier pas de l’Homme sur l’astre de la nuit, est déjà impressionnant ; apparaîtra-t-il plus inouï encore à ceux des humains qui, en 2500, en 3000, en 4000 peut-être, s’ils comptent encore parmi les êtres vivants, auront colonisé la Lune, ou Mars, ou une planète plus lointaine encore, au-delà de l'Olympe ?