Fragments d'un Carnet de mots et d'images
Billet de Saint-Christophe-en-Oisans.
La Meije (« Midi » en occitan ou provençal) est l’un des massifs montagneux de la Barre des Ecrins, à la frontière entre les Hautes-Alpes et l’Isère. Ce massif est formé de quatre pics principaux : le Pic Oriental (3891 m.), le Doigt de Dieu ou Pic Central (3973 m.), le Grand Doigt (3764 m.) et enfin le Grand Pic ou Pic Occidental (3982 m.), celui que Pierre Gaspard, pâtre et guide alpin (1834-1915), conquit le 16 août 1877, à trois heures et demi de l’après-midi, ce qui lui vaudra le beau surnom de Gaspard de la Meije. C’est du côté du bourg de La Grave que le massif se révèle dans toute la splendeur de son Nord. Du côté de Saint-Christophe-en-Oisans, où repose Pierre Gaspard, on ne l’aperçoit pas ; il faut s’avancer jusqu’à La Bérarde, par des routes cernées de cascades figées, et ensuite monter à pied vers les Etançons : de là on découvre le côté sud de la Meije.
« Paradoxalement, écrit Roger Canac, c’est par sa face cachée, la muraille du sud, à peine visible des environs de La Bérarde où elle ne laisse apparaître que le petit glacier dit carré, les “ Doigts “ et le Grand Pic, totalement invisible de Saint-Christophe et des Etages, qu’un beau jour de 1877 elle se livre. Les pâtres qui gardaient leurs troupeaux dans le vallon des Etançons avaient sous les yeux cette grande muraille ensoleillée de plusieurs centaines de mètres de haut où l’ombre et la lumière selon les heures du jour faisaient apparaître piliers et contreforts et dont les dents de roche se découpaient dans le ciel. Fort opportunément elle abritait ce vallon pierreux mais à l’herbe savoureuse des morsures du vent du Nord. De ce côté, les gens du pays l’appelaient, paraît-il, le “ Bec des Peignes ”, non pas en fonction de sa forme de démêloir à cheveux, mais en hommage au dieu celtique de la montagne, le dieu Penn » (Roger Canac, Gaspard de la Meije, Presses universitaires de Grenoble, collection « L’Empreinte du Temps », 1985, pp. 86-87).

Vue du cimetière de Saint-Christophe-en-Oisans, entièrement recouvert par un mètre cinquante de neige, et percé d’allées vers les tombes. Hiver 2009.

Tombeau de Gaspard de la Meije (à droite).
Un pâtre au nom magique, un massif montagneux portant le nom celtique de Pan (?), le triomphe final sur la montagne. Ne croirait-on pas lire là une anecdote moderne dans l’une des survivances de la légende des Egicores ? On a cru longtemps, d’après un passage de Plutarque, que Pan était mort ; mais rien n’est moins sûr.