Fragments d'un Carnet de mots et d'images
En 2003, pour l’exergue du poème IX du Quatrième Livre d’Anuho, j’avais choisi la traduction en français moderne d’un passage du plus célèbre poème de Raimbaut d’Orange, celui dont le premier vers est « Ar resplan la flors enversa », et dont j’élus le commencement de la deuxième « strophe » :
Quar enaissi m'o enverse
Que bel plan mi semblon tertre
E tenc per flor lo conglapi…
J’en donnais la traduction suivante :
Car le monde ainsi j’inverse
Que belles plaines me semblent tertres
Et je tiens pour fleurs la neige et le givre… (1)
Or je m’avise qu’il n’est pas question, chez Raimbaut, de monde, ni d’ailleurs de neige, mais uniquement de givre, ou de verglas. De même, il n’y a qu’une seule plaine. Pourquoi ajoutai-je la neige, et le pluriel des plaines, sinon parce que je suivis aveuglément les premières traductions que je lus du poème, avant même de connaître le texte original ? Ah mes livres, ah Francesca Yvonne Caroutch et sa quête licornienne… J’aurai aussi rêvé cela.
Il eût fallu écrire :
Car en moi j’inverse, ainsi
Que belle plaine me semble tertre
Et tiens pour fleur le givre…
Si le poème s’épanche en soi, il se serre au dehors : c'est qu'il a très froid dans le monde... (Il faudrait écrire l'écharpe du poème au monde...). Cette traduction, plutôt cette transcription dilettante, je la dois au temps, à la relecture, c’est-à-dire à la même chose. Mais de cela, de cette transcription, je ne suis même pas certain, puisque j’ignore encore, fondamentalement, les arcanes de la langue de Raimbaut d’Orange…
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(1) Anuho (Les Quatre Livres) [2003]. Nouvelle édition illustrée. Lulu : 2009, p. 81.