Fragments d'un Carnet de mots et d'images
La lecture d’une partie des quelque, dit-on, 60 000 Lettres écrites par Madame, Duchesse d’Orléans née Charlotte-Elisabeth de Bavière, Princesse Palatine, dite « Liselotte », est passionnante en ce qu’elle permet d’entrebâiller, mieux qu’une chronique le ferait, les grilles et les portes menant aux jardins et aux appartements de Versailles, Marly ou Fontainebleau à la fin du XVIIème siècle. L’on sait par exemple que le rez-de-chaussée du Pavillon central du Domaine de Marly était divisé en quatre appartements : à l’Est, l’appartement du Roi était tendu de velours rouge ; au Nord, celui de la Reine était vert ; à l’Ouest, le troisième appartement, celui de Madame, était couleur aurore, et le quatrième, celui de Monsieur, tendu de velours bleu. Or ces « appartements » sont le contraire d’un espace privé, ainsi que le montre cet extrait de lettre que Madame écrit aux siens, de Versailles, le 6 décembre 1687 :
« A Marly, on n’a pas d’appartement, si ce n’est pour dormir et s’habiller ; mais dès que ceci est fait, tout est pour le public. Dans l’appartement du roi, il y a la musique ; dans celui du dauphin [i.e. de la Reine], on prend les repas, tant à midi que le soir ; là se trouve aussi le billard, qui ne désemplit pas. Dans l’appartement de Monsieur se trouve la banque, toutes les tables de tric-trac et les jeux de cartes ; dans le mien se tenaient les marchands, et c’est là qu’avait lieu la foire… » (1)
L’on trouve aussi, dans ces Lettres amusantes et intelligentes, parfois plus vivantes encore que les meilleures pages des Mémoires de Saint-Simon, des détails sur certaines pratiques au temps du Roi-Soleil, que ces chastes pages virtuelles ne sauraient reproduire…

Charlotte-Elisabeth de Bavière, par Nicolas Largillière (fin du XVIIème s.). Musée Condé, Château de Chantilly.
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(1) Lettres de la princesse Palatine (1672-1722), édition d’Olivier Amiel. Paris : Mercure de France/Le Temps retrouvé, 1985, p. 111.