Fragments d'un Carnet de mots et d'images
Je rêve aux jardins de Mossoul ; on m’a dit qu’ils sont pleins de roses. Ceux de Nashpur, Omar les a chantés, et Hafiz les jardins de Shiraz ; nous ne verrons jamais les jardins de Nashpur.
André Gide, Les Nourritures terrestres. Paris : Bibliothèque de la Pléiade, 1958, p. 180.
Où, où, où ?
Une tourterelle persane.
Le 4 Mehr 1313 (27 septembre 1934), à Téhéran, Sadegh Hedayat, l'auteur de l'étrange et beau roman La Chouette aveugle (lequel me frappa, je me souviens, en 1998), écrivit une « Introduction » à son édition critique des Quatrains [Rubayat] d’Omar Khayam, introduction dont j’aime ce passage, qui me revint, tandis que, dimanche dernier, lors d’une promenade, je découvrais la tombe de l’écrivain iranien au cimetière du Père-Lachaise, où j’ignorais qu’il était enseveli :
« De Khayam, il nous reste plusieurs traités scientifiques en persan et en arabe. Mais, aucun de ces ouvrages n’a influé sur sa renommée. Récemment (1933), un important traité de littérature du poète a été découvert par mon ami Mojtaba Minovi, intitulé « Nowrouz-Nâmeh ». Il est écrit dans un persan fluide, d’une simplicité incomparable qui porte la marque du grand poète des Rubayat. […]
L’auteur prend pour thème une de ces vieilles traditions nationales iraniennes en rapport direct avec l’astronomie, en analysant l’astrologie, les croyances populaires, les caractéristiques superstitieuses des objets, à l’aide de l’astronomie et de la médecine empirique [en français dans le texte]. Bien qu’étant un ouvrage de commande, prudent, en raison des circonstances de l’époque, on y discerne la même clairvoyance, la même logique de mathématicien, la même puissance d’imagination et la même richesse d’expression de Khayam qui, lorsqu’il se laisse aller, reste dans le cadre de sa philosophie scientifique et matérialiste. Dans ce livre, il n’est question ni du château final, ni des plaisirs du Paradis, nulle poésie mystique. Pas trace de morale ni de religion non plus. Il raconte une majestueuse fête de l’Iran, cet Iran à propos duquel la tourterelle posée sur les ruines crie : « où, où, où ? » L’Iran, dont les rois Bahram et Kavous ont disparu, ses grandes villes, Nichapour [Nashpur] et Tous, rasées à jamais. » (1)
Sépulture de Sadegh Hedayat (1903-1951), en persan صادق هدایت , cimetière du Père-Lachaise, Paris, dimanche 5 juillet 2009.
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(1) Sadegh Hedayat, Les Chants d’Omar Khayam, édition critique. Traduit du persan par M.F. Farzaneh et Jean Malaparte. Paris : José Corti, 1993, p. 59.