Fragments d'un Carnet de mots et d'images
Tristan est le prénom que je préfère peut-être à tous les autres.
« Tristan se réjouit et s'amuse ; il est plus gai que jamais, car onques la dame n'est si bien gardée qu'il ne parvienne à parler avec elle… » (Tristan et Yseult, par le jongleur normand Béroul, en transcription moderne)
Dire de Tristan qu’il est « gai » n’est pas un simple jeu de mots : son cheval s’appelle « Beau Joueur » et ce nom indiquerait, par association, que son maître aime la joie, qu’il sait être léger, et rire. Et faut-il y voir une allusion à la science joyeuse, la gaya scienza chère à Nietzsche (et qui m'évoque Sils, où je rêve de me rendre), la gaieté savante du jongleur et du conteur ?
Son nom, qui vient du latin tristitia, l’affliction, et tristis, « triste, chagrin », lequel donne en provençal trist, en wallon triss. Maurice Scève, au XVIème siècle, eût pu encore user du verbe trister, qui donna notre « attrister », qui est peut-être moins beau. L’émotion la plus complexe, peut-être, à définir, avait pour sa part déjà son nom d’aujourd’hui : la tristeur devint la tristesse à la fin du XIIème siècle.
J’aimerais, un jour, écrire un livre, ou un simple conte, qui s’intitulerait Le Gai Tristan…