Fragments d'un Carnet de mots et d'images
Il y a peu, tandis que je travaillais à la transcription d’un livre oublié, je tombai sur l’une des entrées de « Si » du dictionnaire de Moyen-Français qui encombrait mon bureau. Il ne s’agissait plus de la conjonction (« si, au cas où »), ni de l’adverbe (« tellement, à ce point »), mais d’un sens oublié – enfoui, quoiqu’aisément décelable : celui d’un substantif qui signifiait alors « objection, restriction », ou bien « défaut ».
Un si : ne serait-ce encore l’une des pistes à défricher pour tenter de découvrir la signification de la devise de Maurice Scève « Non si non la » que les érudits déchiffrent mal ?
La devise NON SI NON LA est parfois transcrite « Non, sinon la », ou « Non si non là » (la devise est toujours en lettres capitales dans les livres) : mais si l’on a peut-être raison de joindre le « si » et le second « non », l’on glisse abusivement une virgule quand les textes d’alors en usent de façon pour nous extravagante, et excessive – et surtout l’on s’avance beaucoup trop en attribuant un accent à la voyelle du « la » : l’introduction, fort tâtonnante, de l’accentuation en français date des années 1530, et sa fixation n’est pas encore assurée vers 1562, date de publication du vaste poème Microcosme que signe, par cette seule devise, le poète.
Dès lors : Non pas un si… (Mais demeure le la…)