Fragments d'un Carnet de mots et d'images
Les conflits qui opposèrent dès le XIème siècle le Saint-Empire romain germanique à la Papauté pour la primauté du pouvoir sont, pour une grande part, à l'origine des bibles géantes. L'Eglise veut impressionner, donner en spectacle sa richesse, séduire aussi, et le Livre énorme enluminé est l'idéal déploiement de ses plumes de paon. C'est par exemple sous Grégoire IX, qui excommunie l'Empereur Frédéric II de Hohenstaufen en 1227, la première année de son pontificat, - Frédéric se lance alors dans la sixième croisade sans la caution papale, - que l'on observe une intense production de ces considérables objets de pouvoir, destinés à la lecture collective. Que l'on se représente 700 feuilles de parchemin, soit la peau de quelque 200 animaux ; toute la Bible, ses rêves et ses inquiétudes, en deux colonnes sur chaque page ; une hauteur de soixante centimètres, un poids avoisinant les 20 kilogrammes pour onze kilomètres d'écriture caroline.
Pour mener à bien une telle entreprise, l'armarius (le bibliothécaire, gardien des clefs de l'armoire à livres), régnant dans son scriptorium sur plusieurs copistes auxquels les tâches étaient dévolues, savait qu'il fallait compter trois ans, parfois quatre.
On nomme ces ouvrages géants, rescapés du naufrage des siècles - deux d'entre eux sont conservés aujourd'hui à Sion et à Genève -, Bibles atlantiques.
Atlas portait le monde ou la voûte du ciel dans les mythes grecs, il a porté les rêves des Ecritures en terre chrétienne, et leurs cieux.