Fragments d'un Carnet de mots et d'images
(Musique de naguère et d’aujourd’hui : une petite anthologie. Lire ici l’Introduction.)
Rythmes à la fois précis et indécis, profondeurs « atomiques », scintillements de la mer, lames au fond de l’océan que l’on croirait mêlées au vent d’ouest, sensations blessées, éreintées, éperdues ; séismes lointains, intimes, graves, et dépeints ainsi qu’un clair-obscur… Légèretés fugaces, étages du ciel, noirceurs fébriles et ailées, gongs des tonnerres !… Bien sûr, j’évoque là la musique de Claude Debussy, de Maurice Ravel, de Jean Sibelius… chacune selon son esprit.
Mais j’évoque aussi la musique du compositeur finlandais Uuno Klami (1900-1961), dont la musique se rattache fortement aux oeuvres de ces prestigieux aînés. En compagnie de Klami, nous sommes certes en terrain connu – mais il faut écouter certains morceaux de cet héritier magnifique : Les Paysages marins (1930 ?-1932), la Suite Kalevala (1929-1933 ; 1943), d’une profonde unité formelle, sont des suites de mouvements ou de tableaux colorés, suggestifs, tantôt dansants, tantôt méditatifs, qui souffrent sans effort la comparaison avec nos trois grands compositeurs.
Je note aussi cette curiosité : l’ultime pièce des Paysages marins, « Force 3. Moderato », est une extraordinaire et enthousiasmante relecture du fameux Boléro de Maurice Ravel, en forme d’hommage, latent dès le commencement de l’œuvre, qui en est comme irriguée.
Klami nous donne la beauté subtile de l’artiste qu’on dit mineur – mais l’est-il vraiment ? Certes, encore une fois, il n’invente pas un vent nouveau – « seulement » l’un de ses courants… Et si, par définition, le disciple est arrivé après, qui sait s’il ne portait aussi en lui la beauté nouvelle, riche de mémoire, qu’un autre plus ancien lui a dérobé seulement dans la ligne du temps, puis dans les mémoires ?
Discographie :
Uuno Klami, Kalevala Suite, Sea Pictures [Paysages marins], Karelian Rhapsody. Iceland Symphony Orchestra, dirigé par Petri Sakari (Chandos Records ; Classics, 2007).