Fragments d'un Carnet de mots et d'images
C'est toujours l'histoire de la lettre volée de Poe ; le nez dans les mots, dans le fac-similé, je préparais presque aveuglément la modeste édition d'un ouvrage rare, peu connu et oublié, parmi ceux de l'Analectabiblion : la Saulsaye, signée de la devise "SOVFFRIR NON SOVFFRIR", parue en 1547 - le nez dans les mots, et non au rez de ceux-ci - "rez" signifiant "commencement"... - ainsi du rez de la nuit au XVIème siècle, ou du rez-de-chaussée, etc.
M'interrogeant ça et là sur la devise, j'ai vagabondé ; je songe aujourd'hui que le verbe "souffrir", outre le sens moderne, possède au XVIème siècle des significations diverses, dont notre langue aujourd'hui recueille certains échos : "patienter", "endurer", "permettre", "tolérer".
Permettre non permettre, Patienter non patienter... Ainsi de la devise dont usa Maurice Scève en sa Délie, en sa Saulsaye. Car c'est le verbe "douloir" qui, en son siècle, signifie "souffrir" : "je me deulx", dit le poète souffrant.
Une fois n'est point coutume, que le Lecteur de ces articles (rare Lecteur, je m'en avise, d'autant plus précieux) souffre que je le conduise vers ce livre,

conçu, annoté et commenté par mes soins en hommage à l'un de ces livres rares, oubliés et peu connus qu'un non moins rare, oublié et peu connu Analectabiblion signalait.
Il suffisait donc d'un glossaire, d'un éditeur-imprimeur novateur (permettant, avec une inédite facilité, la publication d'ouvrages qui passent par-dessus la tête de la plupart des éditeurs...) et d'une bibliothèque numérique à la fin, pour qu'un livre renaisse.
