Fragments d'un Carnet de mots et d'images
Il fut un moment, jeune moment, où les statues ne retenaient guère mon attention, selon ce que l'on ne m'avait pas transmis, ce qui est le lot des personnes de ma génération (circa 1972), malgré les livres et la famille...
Je les aimais alors simplement, ces statues, dans les parcs, confusément, purs ornements, comme si toutes étaient à l'image des belles et élégantes vasques monumentales qui ponctuent les allées ou le haut des volées d'escaliers. Puis je me mis à les observer plus attentivement, dans les jardins, dans les musées où elles devraient pas être, mais sont en exil. Et aujourd'hui, j'ai une passion pour leurs détails, pour les ombres changeantes qu'elles répandent ou retiennent, comme tout corps.
Et je me dis parfois qu'elles ont été sculptées aussi pour qu'on les dévore des yeux – et qu'on les dévore des yeux innocemment, au contraire des visages et des corps humains que l'on ne peut jamais contempler avec cette intensité, avec cette lenteur, aussi longtemps – il nous faut toujours baisser les yeux, bientôt, quand le regard d'un autre croise le nôtre, si le profil se tourne soudain.
Monument funéraire de Jacques-Auguste de Thou, exécuté pour la chapelle funéraire de Thou dans l'église Saint-André-des-Arts, à Paris (1604-1669), détail. Musée du Louvre, Paris.