Fragments d'un Carnet de mots et d'images

Méandre, le dieu-fleuve de Carie, s’unit à la nymphe Cyanée, qui donne naissance à Caunos et à sa sœur jumelle Byblis. Jusqu’à l’adolescence les deux enfants s’amusent, ils aiment, découvrent, font tout ensemble ; ils ne se quittent plus. Un jour leur mère s’en inquiète ; elle devine un amour qu’elle juge coupable, et fait enlever Caunos par une centauresse qui l’emporte par-delà terres et cieux. Byblis a beau partir à sa recherche, traverser les forêts, franchir les collines, interroger les « hamadryades aux seins verts », toutes les oréades, toutes les naïades, et les biches d’Artémis, et les satyres, sa quête demeure vaine. Seul un Rêve un jour lui répond : « Tu ne reverras plus Caunos, tu ne le reverras plus ». Et Byblis pleure, pleure si longtemps, le torrent de ses larmes s’amplifie tant, si abondamment que quelques naïades, s’approchant de la jeune fille, la métamorphosent bientôt en fontaine.
(Librement adapté de Pierre Louÿs, Byblis ou l’Enchantement des larmes (1898), dans Le Crépuscule des nymphes (1925). Selon Ovide (Les Métamorphoses, IX, 418-665), Cyané est la fille de Méandre.)

Jean Camus (ca 1878 - ca 1950), Byblis pleure (1905), Jardin Lecoq, Clermont-Ferrand. (Où l’on voit deux jeunes satyres aux pattes de bouc se pencher sur la jeune fille en larmes : peut-être, de Byblis toute d’eau triste, et dont la peau est déjà du marbre des fontaines, le « contrepoint » étonné, léger et attentif de personnages associés, par Dionysos, à tous les éléments liquides.) Et toujours, la joie d’admirer ces statues dans les lieux auxquels elles sont destinées…



