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Fragments d'un Carnet de mots et d'images

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Les cachettes de Sérapis

« Un homme s’en vint rire aux galeries de pierre des Bibliothécaires. – Basilique du Livre !... Un homme aux rampes de sardoine, sous les prérogatives du bronze et de l’albâtre. Homme de peu de nom. Qui était-il, qui n’était-il pas ?
Et les murs sont d’agate où se lustrent les lampes, l’homme tête nue et les mains lisses dans les carrières de marbre jaune – où sont les livres au sérail, où sont les livres dans leurs niches, comme jadis, sous bandelettes, les bêtes de paille dans leurs jarres, aux chambres closes des grands Temples – les livres tristes, innombrables, par hautes couches crétacées portant créance et sédiment dans la montée du temps…
Et les murs sont d’agate où s’illustrent les lampes. Hauts murs polis par le silence et la science, et par la nuit des lampes. Silence et silencieux office. Prêtre et prêtrise. Sérapéum ! »

                                         Saint-John Perse, Vents, I, 4. (1946)
 
                                                            
                                                                                           Carl Spitzweg, Le Rat de bibliothèque (vers 1850)

En faisant tonner son “Sérapéum !”, le poète nous entraîne au début du IIIème siècle avant notre ère.

A la mort d’Alexandre le Grand, l’un de ses généraux devient satrape d’Egypte puis Pharaon, inaugurant la dynastie des Lagides, sous le nom de Ptolémée 1er Sôter. En - 288, il fonde deux corps de bibliothèques, qu’on appellera Bibliothèque d’Alexandrie ; l’un fera partie du Muséion, le Temple des Muses, un vaste ensemble de bâtiments comprenant également l’Académie et l’Université ; l’autre sera annexé au Sérapéion, le sanctuaire de Sérapis, le dieu lagide syncrétique (en lui fusionnent Osiris, le Fertile, le Renaissant, et Apis, le Taureau sacré). Il existait donc une bibliothèque « profane », celle du Muséion, foyer ouvert aux lecteurs et aux savants, et une bibliothèque, sinon « sacrée », du moins réservée, secrète, interdite au tout venant. Des sources font état d’un fonds de 43 000 volumes pour le seul Sérapéion, avant sa destruction par le feu avec le reste de la Bibliothèque ; on ignore quels ouvrages y étaient entreposés.

La tradition d’une bibliothèque secrète, inaccessible au profane, se retrouve volontiers dans la Bibliothèque Vaticane, qui demeure l’une des rares institutions à enfermer tous ses livres dans des placards fermés à clef. A part quelques ouvrages exposés sur des lutrins ou sous le verre d’une vitrine, la Bibliothèque apostolique cache ses livres aux regards.

Est-ce à ces seules bibliothèques presque invisibles, et sonores sous leurs voûtes de pierre, que l’« homme de peu de nom » s’en est venu rire ?

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