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Fragments d'un Carnet de mots et d'images

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Paris, 25 avril 1382, 5 heures du soir

En ces jours où j’écris ce billet, la Tour Saint-Jacques se déshabille. Les travaux de sa restauration s’achèvent lentement. Elle est le seul vestige d’une église fondée au Xème siècle, l’Eglise Saint-Jacques-le-Majeur ou Saint-Jacques-de-la-Boucherie, à laquelle fut joint au début du XVIème siècle un nouveau clocher de style gothique flamboyant.
L’église fut détruite peu de temps après la Révolution. Le clocher resté seul fut nommé « Tour Saint-Jacques » au XIXème siècle, quand la Ville de Paris en fit l’acquisition.
Isolée maintenant dans un petit square du Quatrième Arrondissement, la Tour Saint-Jacques demeure l'un des monuments les plus étranges de Paris, l’un des plus animés de frissons… Erection insolite, minutieuse, gracieux échafaudage de lignes, de chapiteaux, de statues et de gargouilles blanches, la Tour se détache quasi irréellement sur le ciel.

Une rue perpendiculaire à la Seine s’ouvre sur le côté Nord-est de la Tour : c’est la rue Nicolas Flamel, que coupe la rue au nom de sa Dame, la rue Pernelle.

Nicolas Flamel (v. 1330 - 1418) vivait près de l’ancienne église du quartier de la Boucherie. C’est là qu’une légende lui fait découvrir le secret de la Pierre Philosophale, le 25 avril 1382, à 5 heures du soir exactement, selon les faux carnets de sa main (un ouvrage intitulé Le Livre des Figures Hiéroglyphiques paraît sous son nom en 1612 – On connaît également le titre d'un autre faux magnifique, Le Désir désiré), comportant, outre les notes chiffrées de la préparation alchimique, les prétendus dessins copiés de l’ancien Livre d’Abraham le Juif  dont la lecture et la compréhension l’engagèrent sur la voie du Grand Œuvre accompli.

Je suppose que l’imagination retint de l’humble alchimiste prétendu, juré à l’Académie de Paris et responsable d’un atelier de manuscrits, pieux donateur, époux d’une riche héritière, son nom superbe d’abord, pour à la fin le répandre en beauté de légende – cette légende qui s’est enchantée de Nicolas Flamel, de ce prénom large et sonore, Nicolas, celui d’un saint populaire, auquel est traditionnellement associé le métal Or, cette légende qui s’est nourrie du feu dans son nom, et, regardons de plus près, des 13 lettres de son nom complet, le nombre d’heur ou de mal heur - selon, ou tout à la fois - un nombre que l’on retrouve dans d’autres noms où les légendes se sont volontiers greffées, effaçant peu à peu la personne réelle, - Arthur Rimbaud, Antonin Artaud… ce qui ne veut, sans nul doute, rien dire, puisque l’auteur de ces lignes possède lui aussi, dans son nom complet, 13 lettres exactement. 
                                                                                                                                                                                                                                                                   
                                 (J'ai pris la photographie illustrant ce billet le mercredi 28 mai 2008, avec les beaux nuages.)

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P
Devrons-nous etre consolés comme les romantiques, de cette souffrance,chrétiennement.....?<br /> Nietzsche nous dit:" Non!Vous devriez apprendre à rire,mes jeunes amis,si toutefois vous tenez absolumment à rester pessimistes.Ainsi, peut-etre qu'un jour,en riant, vous enverrez au diable toute cette consolation métaphysique- à commençer par la métaphysique elle-meme!Ou pour le dire dans le langage de ce démon dionysiaque qui a pour nom Zarathoustra:<br /> Hauts les coeurs, mes frères!Haut, toujours plus haut!Et ne m'oubliez non plus les jambes!Haut les jambes aussi,o vous qui dansez bien,et mieux encore, soyez debout ,meme sur la tete!...................Je lance cette courone!J'ai sanctifié le rire;hommes supérieurs, apprenez donc -à rire"
P
Je retrouve tous ces thémes et lieux autrefois évoqués par ta bouche.Cette ressouvenance me plait assez.Ta surprise ne sera donc pas grande ,si tu lis ci-après les mots d'Antiphon:<br /> " Il y a des gens qui ne vivent pas la vie présente;c'est tout comme s'ils se préparaient,en y consacrant toute leur ardeur,à vivre on ne sait quelle autre vie,mais pas celle-ci, et pendant qu'ils font cela ,le temps s'en va et il est perdu.On ne peut pas remettre en jeu la vie comme un dé qu'on relance."
F
<br /> Merci, cher Pierre. Rien ne peut être opposé au propos d'Antiphon... Dans Les Bienveillantes, Jonathan Littell fait dire au docteur Hohenegg à l'attention de Max Aue lors d'une<br /> conversation : "Voyez-vous, il y a à mon sens trois attitudes possibles devant cette vie absurde. D'abord l'attitude de la masse, hoï polloï, qui refuse simplement de voir que la vie est<br /> une blague. Ceux-là n'en rient pas, mais travaillent, accumulent, mastiquent, défèquent, forniquent, se reproduisent, vieillissent et meurent comme des boeufs attelés à la charrue, idiots comme ils<br /> ont vécus. C'est la grande majorité. Ensuite, il y a ceux, comme moi, qui savent que la vie est une blague et qui ont le courage d'en rire, à la manière des taoïstes [...]. Enfin, il y a ceux, et<br /> c'est si mon diagnostic est exact votre cas, qui savent que la vie est une blague, mais qui en souffrent." (p. 267 de l'édition originale)<br /> <br /> <br />