Fragments d'un Carnet de mots et d'images
En ces jours où j’écris ce billet, la Tour Saint-Jacques se déshabille. Les travaux de sa restauration s’achèvent lentement. Elle est le seul vestige d’une église fondée au Xème siècle, l’Eglise Saint-Jacques-le-Majeur ou Saint-Jacques-de-la-Boucherie, à laquelle fut joint au début du XVIème siècle un nouveau clocher de style gothique flamboyant.
L’église fut détruite peu de temps après la Révolution. Le clocher resté seul fut nommé « Tour Saint-Jacques » au XIXème siècle, quand la Ville de Paris en fit l’acquisition.
Isolée maintenant dans un petit square du Quatrième Arrondissement, la Tour Saint-Jacques demeure l'un des monuments les plus étranges de Paris, l’un des plus animés de frissons… Erection insolite, minutieuse, gracieux échafaudage de lignes, de chapiteaux, de statues et de gargouilles blanches, la Tour se détache quasi irréellement sur le ciel.
Une rue perpendiculaire à la Seine s’ouvre sur le côté Nord-est de la Tour : c’est la rue Nicolas Flamel, que coupe la rue au nom de sa Dame, la rue Pernelle.
Nicolas Flamel (v. 1330 - 1418) vivait près de l’ancienne église du quartier de la Boucherie. C’est là qu’une légende lui fait découvrir le secret de la Pierre Philosophale, le 25 avril 1382, à 5 heures du soir exactement, selon les faux carnets de sa main (un ouvrage intitulé Le Livre des Figures Hiéroglyphiques paraît sous son nom en 1612 – On connaît également le titre d'un autre faux magnifique, Le Désir désiré), comportant, outre les notes chiffrées de la préparation alchimique, les prétendus dessins copiés de l’ancien Livre d’Abraham le Juif dont la lecture et la compréhension l’engagèrent sur la voie du Grand Œuvre accompli.
Je suppose que l’imagination retint de l’humble alchimiste prétendu, juré à l’Académie de Paris et responsable d’un atelier de manuscrits, pieux donateur, époux d’une riche héritière, son nom superbe d’abord, pour à la fin le répandre en beauté de légende – cette légende qui s’est enchantée de Nicolas Flamel, de ce prénom large et sonore, Nicolas, celui d’un saint populaire, auquel est traditionnellement associé le métal Or, cette légende qui s’est nourrie du feu dans son nom, et, regardons de plus près, des 13 lettres de son nom complet, le nombre d’heur ou de mal heur - selon, ou tout à la fois - un nombre que l’on retrouve dans d’autres noms où les légendes se sont volontiers greffées, effaçant peu à peu la personne réelle, - Arthur Rimbaud, Antonin Artaud… ce qui ne veut, sans nul doute, rien dire, puisque l’auteur de ces lignes possède lui aussi, dans son nom complet, 13 lettres exactement.
(J'ai pris la photographie illustrant ce billet le mercredi 28 mai 2008, avec les beaux nuages.)