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Fragments d'un Carnet de mots et d'images

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Quelqu'un qui chante

Encore un mot sur la musique contemporaine – je ne parle que de celle qui s’inscrit dans le grand héritage que l’on nomme aujourd’hui musique classique – non pas des chansons de variétés, ni même du jazz, lesquels se réclament pourtant de la « musique »… - et je n’évoque pas ici les « musiques du monde ».

 

Il faut avoir le courage de dire, contre le siècle niveleur, que la plupart de ces chansons, que la plupart de ces musiques, n’appartiennent pas à la Musique – il en est tout de même de magnifiques, poèmes légers, mélodies rêveuses – des exceptions – il faudrait leur reconnaître un caractère limité, daté (la « chanson », mais aussi le rock’n’roll et tous ses dérivés, la pop, la house, la techno, le rap, la tecktonik (qui est une marque !), etc., sont des « musiques » datées, parce que modernes). Outre que très souvent elles puisent leur mélodie (quand elles en ont une…) dans « l’ancienne musique » (Frédéric Chopin – qu’on écoute les Nocturnes et les Etudes – a été pillé de fond en comble), elles agissent par séduction, par séduction facile : la batterie pauvrement rythmique, les ornements de guitares et de claviers (qui peuvent être virtuoses) envoûtent et empêchent bien souvent de n’entendre qu’un motif à peine développé, malingre, répétitif. Ce qui caractérise ces œuvres est souvent l’absence de variation et de nuance – c’est pour cela que le jazz sait parfois échapper à ma sévère et inflexible définition ! en ce qu’il sait proposer de très belles œuvres fondées justement sur l’art des variations. Quelques musiciens de jazz parviennent, parfois, à se hisser  jusqu’à la Musique – Miles Davis en est un. L'on peut citer aussi un grand compositeur de chansons : Georges Chelon ; un grand "groupe" musical anglais : And Also The Trees. A dessein je ne cite que les moins connus...

 

On me dira que les musiciens classiques s’inscrivent dans leur époque et la disent ; ce n’est qu’en partie vrai. Certes, le chant grégorien correspond à l’âge d’or des monastères, quand ceux-ci étaient le refuge du savoir inquiet et de la beauté ; Henry Purcell est toute l’Angleterre baroque ; Bach est le baroque allemand ; Rameau, Mozart et Haydn peuvent incarner à eux seuls toute la légèreté sensuelle et spirituelle du XVIIIème siècle d’esprit « libertin », toute l’ironie, toute l’harmonie, toute l’élégance. Etc.
Tout cela est juste : simplement, toutes ces musiques ont ceci de commun qu’elles sont traversées par le vent, et j’oserais dire le même vent… si je ne risquais de confondre Eole, Zéphire, Notos, Euros et Borée…

 

En ce sens, Franz Schubert est moins daté, et plus actuel, que le rock’n’roll…

 

Donc, ce mot sur la musique « classique » contemporaine ; je n’en suis pas un spécialiste, mais j’en ai suffisamment écouté, j’ai suffisamment cherché parmi elles quelqu’un qui chante – et je n’ai pas trouvé - j'espère ne pas avoir assez cherché (1)... Qu’on ne m’oppose pas des musiques « intéressantes » ou « expérimentales »– la musique n’est pas faite (- ni l’art dans son ensemble -) pour être intéressante ou seulement « expérimentale », mais pour (?) bouleverser, pour dire, pour renverser, pour proclamer, pour ravir, pour aimer, pour être aimée. J’ai d’ores et déjà assez dévoilé ici mon caractère ultra-réactionnaire pour ne pas négliger de dire que la Musique doit être extrêmement belle, passionnément profonde, souveraine ; – et puis – une autre chose : bien que peu sujet au mépris facile, j’en ai pour la musique de fond – c’est bien parce que l’on n’écoute la musique que d’une oreille que toutes les confusions sont possibles !

 

On dirait que la Musique s’interrompt, on dirait qu’on lui coupe ses ailes alcyoniennes, on dirait qu’on brise son vent, après Poulenc (« Laudamus te ! »), après Honegger, après Sibelius (qui meurt en 1957). Sur la page d’un carnet, Baudelaire écrivit : « La musique creuse le ciel » (Fusées, publié posthume en 1887) : je rêve d'un musicien contemporain qui sache creuser le ciel… ou parcouru par le vent !  


(1) Lundi 27 octobre 2008. Il me serait facile d'effacer cette remarque ; mais je préfère la laisser, afin de ne pas oublier à quel point ma surdité fut importante... En effet, je n'avais pas assez cherché - victime en cela de mon époque qui néglige ses compositeurs, mais héautontimorouménos en ce sens que je l'ai laissée faire...

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P
Avant la destruction de l'idole "Wagner",Nietzsche dans ses considérations inactuelles (Richard Wagner à Bayreuth) nous dit :"Que signifie la musique à notre époque......le rapport entre la musique et la vie n'est pas seulement le rapport entre deux sortes de langages,c'est le rapport entre le monde accompli et tout le monde visuel.Or en tant que phénomène visuel et comparée aux manifestations antérieures de la vie, l'existence des hommes modernes montre une indigence,un épuisement indicibles, en dépit, de l'invraisemblable bariolage qui ne peut satisfaire que le regard le plus superficiel.Qu'on prenne seulement la peine d'y regarder d'un peu plus pres et de decomposer l'impression produite par ce jeu de couleurs violemment agitées ;l'ensemble n'est -il pas semblable au scintillement ou au chatoiement d'innombrables petites pierres et pierreries empruntées aux cultures passsées?Tout n'est-il pas içi faste déplacé, mouvement singé, apparence afféctée?Un vetement fait d'oripeaux de toutes les couleurs pour ceux qui sont nus et grelottants?Une danse faussement gaie imposée à ceux qui souffrent?... ( voir aussi langue et musique dans oeuvres -Pleiade )
F
<br /> Nietzsche parlait de la note dissonnante comme de la note qui souffre. Aussi bien toute la prétendue musique entièrement dissonnante et systématiquement telle ne saurait être que<br /> procédé, qui ne nous parle pas, ni ne nous exprime. Qui chante sait la note fausse et sait la place où le regard la contemple. Le plaisir de la limite atonale - tel le moment extrême de la<br /> plainte d'Hérode dans Salomé de Richard Strauss - se connaît comme un extrême et explose. Et le chant doit reprendre, même brisé. Cela vaut aussi pour la poésie - cf. le<br /> prétendu "vers libre"...<br /> <br /> <br />